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Par Julie Wyler

Les boites de nuit genevoises font-elles une sélection raciste à l’entrée ? Sur quels préjugés sont fondés les discriminations raciales à l’entrée des boites de nuit ? Qui fixe les consignes d’entrée ? Y’a-t-il des consignes explicitement racistes?.
Julie, étudiante en Sciences de l'éducation à l'Université de Genève, armée de son questionnaire, bravant les difficultés liées à la recherche scientifique surtout sur des sujets de société aussi chauds comme le racisme qui a été à la base des guerres les plus meurtrières de notre histoire, a conclu : "Il existe une sélection raciste à l’entrée de certaines boites de nuit genevoises".

Les responsabilités sont partagées et chacun devra jouer honnêtement son rôle pour préserver l'image de Genève, ce Canton - monde, comme dirait l'autre.
L’incident

Samedi soir, 23h45, Omar* et Jean* se voient refuser l’entrée d’une grande boite de nuit genevoise. Motif ? Ils ne font pas partie des habitués, et ne sont pas accompagnés. Jean* essaie d’argumenter avec le videur, mais rapidement, Omar* le décourage : « Laisse tomber, c’est pas grave, on a l’habitude, c’est toujours comme ça de toute façon, si le videur il n’aime pas ta tête, t’es grillé. »
Ces propos, recueillis par l’antenne suisse d’SOS racisme à laquelle les deux jeunes ont fait appel, viennent s’ajouter à la liste de cas enregistrés ces derniers temps à Genève. (Voir Le Courrier du 13 mai 2005, 3 juin 2005, 14 octobre 2005)

Racisme à Genève : réalité ou fiction ?

Genève, ville internationale et multi- culturelle, telle que nous aimons la voir, siège de l’ONU et lieu d’habitat pour environ
100 000 étrangers. Mais qu’en est-il vraiment la réalité quotidienne romande? Nos jeunes sont-ils réellement à l’abri des préjugés raciaux et des discriminations incontrôlées telles que nous pouvons les observer dans certains pays voisins ? Se voient-ils offrir les mêmes chances et les mêmes opportunités, quelle que soit leur couleur, leur origine, leur croyance ?

Ayant un doute, nous avons décidé de faire le lien entre le monde de la nuit et le problème de la discrimination raciale. Pour ce faire, nous avons élaboré une série de questionnaires adressées à la Communauté universiatire et portant sur les boîtes de nuit les plus fréquentées de la ville. Nous espérions trouver, auprès de cette communauté jeune, dynamique et diverse sur le plan culturel, certaines réponses quant à leur point de vue, leur ressenti, et leur opinion sur le problème de la discrimination raciale à l’entrée des boîtes de nuit.

Politiques racistes ?

D’après le sondage fait auprès de 60 jeunes universitaires de Genève, le cas d’Omar et Jean n’est pas isolé : en effet, sur les 30 garçons interrogés, (15 d’origine ethnique variée mais de couleur noire et 15 de couleur blanche) les résultats sont flagrants : sur les 15 garçons de couleur, 10 racontent avoir déjà subi une discrimination jugée raciste à l’entrée d’une discothèque genevoise.

Le problème d’admission en discothèque ne se pose pas de la même manière pour les filles. En effet, sur les 30 filles interrogées, (15 de couleur blanche et 15 d’origine ethnique noire) aucune ne s’est encore vue refuser l’entrée en boîte. Toutefois, bien qu’elles ne subissent pas ce racisme du monde de la nuit, elles en sont témoin, comme le raconte Emilie* : « J’étais avec deux copains, un noir et un blanc, et le videur a refoulé mon ami noir en nous disant que le quota de noirs était dépassé pour la soirée, mais que mon ami blanc et moi pouvions entrer ! » .

D’après ce sondage effectué, il en ressort très clairement que les noirs n’ont pas les mêmes chances d’entrer en discothèque à Genève que les blancs, que ce soit pour des raisons raciales ou pas.

H.B
H.N
F.B
F.N
refusé
3
13
3
1
accepté
12
2
12
14

Tableau de résultats de l’enquête auprès de 60 jeunes : HB : homme blanc, HN : homme noir, FB : femme blanche, FN : femme noire, refusé : refoulé de discothèque

Nous nous heurtons ici à un vrai problème social, que peu osent aborder : il s’agit de la question de race, avec tous les préjugés qui y sont associés, les stigmatisations, les injustices et les questionnements identitaires qu’elle entraîne.

Comme l’exprimait, lors de son passage dans l’émission Temps Présent du 1.12.2005 sur la TSR, Magalie Schaer, la lausannoise d'origine haïtienne qui n'avait pas été embauchée par le très sélect home pour personnes agées « La Gottaz » en raison de sa couleur de peau : « Après avoir subi une telle discrimination, quelque chose à été brisé en moi. Je n’avais plus d’identité. J’étais juste une noire. »

Ce problème d’identité, ce malaise, ce sentiment de ne pas être accepté dans la société dans laquelle on évolue est extrêmement lourd à vivre pour les personnes concernées. C’est toute une remise en question de soi qui s’enclenche, comme nous le raconte Marc* : « Parfois je me demande ce que les gens voient quand ils me regardent. Et pourquoi ils me prennent parfois pour un abruti. Par exemple, quand les videurs nous donnent des excuses « bidons ». L’hypocrisie et le mensonge sont pires à subir que le racisme. C’est là que je me dis qu’ils me prennent pour un con. Quand un videur te dit que tu ne peux pas rentrer par ce qu’il faut un carton d’invitation, et que deux minutes plus tard, un couple de blancs entre sans problème, ils se moquent vraiment de nous. Ca fait monter à la fois la colère et la tristesse, on a envie de frapper le videur, mais on est surtout frustré face à notre impuissance dans une situation qui nous est injustement imposée. Et tout ça pour une couleur de peau. »

Cette anecdote, comme plusieurs autres, appuie l’idée que les boîtes de nuit genevoises ont une « politique ouvertement raciste », mais bien que la plupart des personnes interrogées semblent en être conscientes et ont exprimé leur ras le bol, il n’y a, selon Omar*, « aucune conscience collective des victimes de ces discriminations ». En effet, SOS racisme n’enregistre qu’environ une plainte par année suite à ce genre d’événement. Difficile alors de comprendre comment, d’un coté, nous nous trouvons face à des jeunes qui se sentent victimes de racisme, de discriminations lors de leurs sorties en boite de nuit, et de l’autre, cette même population qui ne semble pas vouloir agir sur le problème. Quelles sont les raisons de cela ? Pourquoi ne pas s’impliquer ? « On n’a pas de preuves », nous répond Eric*. « Qui nous écouterait ? » « Nous », répond la représentante d’SOS racisme à Genève. « Si plusieurs personnes venaient se plaindre de discriminations raciales à l’entrée de boîtes de nuit, que ce soit une victime, ou un témoin qui aurait filmé la scène avec son natel, nous pourrions interpeller la municipalité, réagir au niveau des autorités, et éventuellement aboutir à des solutions réelles. » La procédure de traitement impliquerait un contact avec les dirigeants de la discothèque en question, mais il n’y généralement pas d’aboutissement : la procédure est compliquée, étant donné que le dépôt de plainte n’est pas possible dans ce cas. L’article 261bis du code pénal stipule l’interdiction de refuser l’accès à un service public en raison d’appartenance raciale, ethnique ou religieuse. Mais cette loi se heurte rapidement à celle qui accorde une liberté aux privés. Et étant donné que les discothèques ne sont pas des services publics, tout se complique. »

Cependant, si vous avez été victime ou témoin d’un acte raciste, la hotline d’SOS racisme prendra votre appel au 0800 55 54 43

En France, SOS racisme s’est déjà mobilisé face au tri au faciès dans les discothèques et lance régulièrement des « opérations testings », durant lesquelles ils mettent à l’épreuve un nombre important de boites de nuit, envoyant successivement, comme l’explique un collaborateur au sein de l’antenne parisienne, des « testeurs de la république : des Blancs, des Noirs et des Arabes» sur le terrain. « On présente, par exemple, un couple noir à l'entrée d'une discothèque puis, si ceux-ci sont refusés, un couple blanc, vêtu de façon similaire. Si ce dernier parvient à entrer, on fait constater la discrimination par un huissier ou par un officier de police. » (France5, arrêt sur image, 8dec.2003)

Paroles de videurs

Nous avons alors décidé d’aller interroger ceux qui se réservent le droit de refuser l’entrée, c'est-à-dire les videurs eux-mêmes. Mais est-ce une politique de la discothèque, de la direction ? Ou s’agit-il tout simplement d’un abus d’autorité de la part des videurs ? « A mon avis, » nous raconte Omar*, « le mec à l’entrée, quelle que soit sa couleur, a un certain pouvoir : il ne t’aime pas, tu restes dehors. C’est lui qui décide, c’est comme ça. »

Parmi les videurs qui ont bien voulu nous parler, l’un d’entre eux nous a expliqué que l’unique but du « refoulement » est d’éviter les bagarres à l’intérieur des discothèques, et de permettre à la clientèle « habituée » de se sentir à l’aise et en sécurité. Sur ce, il précise que la couleur de peau n’est pas l’unique critère, l’age et la tête du client jouent aussi un rôle. Il s’agit également de laisser entrer des consommateurs, c'est-à-dire des clients prêts à dépenser de l’argent.

Certains admettent avoir déjà refusé des clients sur la base de leur couleur de peau, mais surtout, d’après leurs dires, à cause du préjugé qui lui est associé : « Ce ne sont pas la couleur ou l’origine ethnique que nous jugeons, mais le comportement qui est associé au groupe ethnique en question. » Mais quel préjugé se cache derrière quelle couleur de peau ? Les blancs dépenseraient-ils plus d’argent en consommant plus de boissons ? Les noirs seraient-ils à la source de plus de bagarres que les blancs? « C’est peut être de la généralisation, mais si un même type de personne est à l’origine de la plupart des actes de violence, c’est naturel que l’on ait des préjugés. » Cela dit, la majorité des videurs interrogés étaient noirs ! Nous leur avons alors demandé à quel comportements ils associaient leur couleur de peau, et avons été bien surpris lorsqu’ils ont répondu clairement que beaucoup de noirs étaient des « trouble-fêtes ».

Nous oserions presque parler de « délit de sale gueule », dans lequel se mêle racisme et discriminations diverses, contre les jeunes, contre les pauvres etc. Etonnés par ces réponses, nous avons continué notre enquête.

Silence des patrons

Nous avons bien sûr tenté d’interroger les directeurs de plusieurs discothèques de Genève afin d’avoir leur avis sur la situation, et de connaître leur politiques d’admission, mais aucun des établissements contactés n’a souhaité répondre à nos questions, montrant bien la sensibilité du problème.

On imagine alors que les politiques d’entreprise sont soit inexistantes, soit inexprimables. Nous avons cependant assisté à une scène révélatrice, samedi soir dans un bar branché de la vielle ville : alors qu’un groupe de 5 filles blanches et un garçon métisse avec des « dreadlocks » arrivaient à l’entrée, le videur, réticent à la vue de la coupe de cheveux du garçon, finit par les laisser rentrer grâce aux filles qui l’accompagnaient. Mais une fois le pas de la porte franchie, le jeune homme se fait interpeller par le patron du bar qui lui prie de bien vouloir quitter son établissement. Intrigués, nous lui demandons pour quelles raisons il refoule ce garçon, étant donné que le videur l’a laissé entrer, et il nous répond que « ce jeune homme n’avait pas une allure générale propre. Nous souhaitons maintenir une clientèle sophistiquée. »

Cependant, lorsque nous lui demandons ce qu’il entend par là, et si cette sophistication implique le critère de la couleur de peau ou pas, ils nous assure que les deux choses n’ont rien à voir, et que si des noirs bien habillés se présentent à la porte, il n’aurait « aucune bonne raison de ne pas les accepter. » Notons cependant qu’à l’exception d’un jeune homme, il n’y avait que des blancs dans ce bar, qui passait de la musique « de Black » (Hip hop, RnB) et dirigée par un patron africain.

Bilan

Depuis la fin du 19ème siècle, la Suisse est un pays d’immigration. La situation genevoise nous a apparu plus complexe que ce que l’on imaginait. Les résultats des enquêtes sont stupéfiants, et il est difficile de croire que dans notre ville, si internationale et multiculturelle, de tels témoignages de discrimination apparaissent.
On assiste là, comme c’est le cas dans la plupart des problèmes sociaux, à un cercle vicieux qui participe à la construction d’un problème social : on fait des noirs et des immigrés des marginaux, en les excluant quotidiennement de lieux publiques et privés, en leur faisant subir des discriminations raciales au travail, à l’école. Puis on s’étonne et se fâche quand certains d’entre eux se regroupent et se révoltent.
Peut-on vraiment se permettre de mettre tous les noirs dans le même sac ? Malheureusement, la société semble le faire, et il en résulte que cette communauté n’est la bienvenue nulle part, et au-delà du problème de l’entrée en discothèque se trouve le problème d’insertion sociale et d’intégration dans la vie quotidienne genevoise.


Quoi qu’il en soit, la seule vérité que l’on peut constater, c’est celle que l’on ressent et que l’on perçoit. Et il apparaît clairement que dans ce cas, il s’agit d’une réalité froide et dure, mêlée au racisme et à l’exclusion. Si c’est en effet ce que vit la communauté immigrée, c’est sur cela qu’il faudrait se baser pour orienter les projets sociaux à venir. Certes, on ne pourra pas obliger toutes les boites de nuit de Genève à accepter tout le monde, mais on pourrait, éventuellement, éclaircir les critères de sélection, les rendre moins arbitraires et plus objectifs, et viser l’égalité des clients devant le videur. En tout cas une chose est sûre : si chacun n'agit que pour lui-même, il sera difficile de voir les choses évoluer. Peut-être que si d'un côté, les "victimes" s'organisaient pour devenir de vrais interlocuteurs et s'ils discutaient avec les propriétaires de boites de nuit, ils pourraient ensemble rechercher des solutions et arrêter d'autres critères d'admission ne dépendent pas de la couleur de la peau.

CONTACTS
SOS racisme : 0800555443

www.dialogue-partage.org