Ont collaboré à ce numéro

 Amb. Bassirou SèNE
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 GENEVE- (Suisse)- Ubuntu. Un terme qui reflète une tradition africaine d'accueil et de dialogue pour le bien des autres. Parmi les hérauts qui ont porté ce principe, l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, dont le centenaire est célébré ce mercredi, a souvent été interrogé sur la signification qu'il donnait à ce mot. Ubuntu peut se voir comme ce qu'un être humain peut accomplir pour lui mais pour contribuer aussi « à l'amélioration de la communauté autour de lui », a-t-il résumé lors d'une interview.

 Des devises qu'il aura lui-même appliquées une fois arrivé à la présidence de différentes manières. En réunissant par exemple Afrikaner et population noire par le sport. L'Afrique du Sud a fini par sortir du long couloir de l'Apartheid par la lumière du dialogue entre communautés. Grâce au douloureux mais salutaire processus de la Commission de vérité et réconciliation. Si cette solution doit inspirer, elle ne constitue pas pour autant une panacée pour résoudre tous les conflits.

 Les leviers dans les communautés sont beaucoup plus nombreux. Ces dernières décennies, le continent africain a été confronté à de nombreux conflits en raison de tensions entre ethnies, peuples ou simples voisins. Les violences déchirent des populations mais leur résolution s'amorce et se consolide dans ces mêmes communautés.

Celles-ci sont la solution. Elles doivent constituer le vivier des efforts de paix en s'appropriant les processus de dialogue et d'engagement. Un rôle qui doit ensuite nourrir le lien avec des relais comme la société civile mais aussi celui avec les autorités nationales, les forces de sécurité et l'action de la communauté internationale. De quoi faire vivre un mécanisme inclusif, de New York à Abidjan en passant par Genève ou Bujumbura, et qui finira par aboutir à la reconstruction d'une société.

Dans son action qu'elle a entamée la même année où Nelson Mandela accédait la présidence de la république sud-africaine, Interpeace défend cette conviction profonde de courroies entre acteurs à tous niveaux. Soutenir les populations mais aussi les gouvernements où des forces armées vers une désescalade, l'établissement ou la consolidation de la paix, c'est le défi que cette organisation internationale établie à Genève se fixe au quotidien au Mali, en Côte d'Ivoire, en République démocratique du Congo (RDC) ou en Somalie pour ne citer que quelques exemples.

 

Là encore, différents vecteurs comme le sport, les arts et tout ce qui contribue à rapprocher les communautés ont fait leur preuves au niveau local. Les dialogues nationaux où tous les acteurs de la société permettent de consolider des avancées. C'est dans cet état d'esprit qu'un vaste agenda pour la paix a notamment été établi en 2016 au Mali. Dans la même lignée, de nombreux jeunes Ivoiriens ont été consultés pour tenter d'analyser les obstacles vers un effort commun et un engagement citoyen. « Les initiatives pour la paix et la sécurité que je mène avec les communautés cherchent à organiser un dialogue et à renforcer le mode de connexion entre elles », résumait notamment dans ce processus un jeune leader associatif à Port-Bouët. En Libye, un travail a été mené auprès de populations qui cohabitent de manière apaisée pour tenter d'en faire un moteur pour l'ensemble de ce pays, encore divisé et en proie aux milices.

La paix ne peut pas se construire seulement entre élites si elle veut être incarnée et couronnée de succès. Elle passe par une confiance entre autorités et citoyens et par un dialogue entre populations et représentants des forces de sécurité, pas par le seul déploiement de davantage de troupes sur un territoire. La paix ne peut fonctionner que si les premiers concernés, les peuples locaux, se l'approprient pour eux et autour d'eux. Le combat de Nelson Mandela et son attachement à l'Ubuntu en sont des indications. Au 21e siècle encore, ce combat doit nous inspirer en Afrique mais aussi bien au-delà pour faire de « vivre ensemble » notre objectif ultime.

 

Scott Weber - Président Interpeace